Les jeunes LGBTIQ+ face à l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie et face au silence
Beaucoup de jeunes lesbiennes, gay, bisexuel-les, trans*, intersexes, queer et non binaires (LGBTIQ+) ont encore à faire face à des discriminations et violences en raison de leur orientation sexuelle et/ou affective ou de leur identité de genre dans les cadres scolaire, social et familial, lors d’activités sportives et de loisirs et sur les réseaux sociaux. Violences verbales et physiques, mises à l’écart, insultes, prédominance de l’hétéronormativité et de la cisnormativité, invisibilité et sentiment d’inadéquation avec la société : ces violences et ces discriminations ont des conséquences néfastes sur leur santé, leur parcours scolaire et leur parcours de vie.
Les études montrent que les jeunes LGBTIQ+ ont 3 à 5x plus de risques (jusqu’à 10x plus de risque pour un-e jeune trans*) de faire une tentative de suicide que le reste de la population jeune en Suisse, en raison des discriminations ou violences vécues ou de la peur de celles-ci. A Genève, un rapport récent des Hôpitaux Universitaire de Genève (HUG) corrobore ces résultats, indiquant une corrélation entre « identification à la communauté LGBTIQ+ et idéation suicidaire ».[1]
La famille reste une source de violences homophobes, biphobes et transphobes pour les jeunes LGBTIQ+ ou un-e-x jeune-x qui se questionne. En effet, les résultats de l’enquête Icerberg menée par le Canton de Genève à laquelle 4578 personnes résidentes dans le canton ont répondu montre que les personnes LGBTIQ+ sont 2,2 à 3 fois plus exposées à des formes de violence intrafamiliales que les personnes hétérosexuelles ou cisgenres, que ce soit en termes de pression ou d’interdiction d’être en couple avec une personne du même sexe, de coups reçus ou de séquestration ou d’abandon par leur famille[2]. 56,7% des personnes LGBTIQ+ ont subi des violences dans l’espace privé. En corrélation avec ces résultats, plus de 23% des répondant-es estiment qu’il est « normal que les parents puissent être déçus ou en colère s’ils apprennent que leur enfant est […] LGBTIQ+ »[3].
En outre, l’école demeure un des bastions de l’homophobie, de la biphobie et de la transphobie. Le physique est la première source de discrimination dans les écoles genevoises, indique l’étude du Service de Recherche en Education (SRED), « Entre l’atout de la diversité et des risques de discrimination : quel vécu pour les écoles genevoises»[4] ). La deuxième cause de discrimination est liée à l’orientation sexuelle – tous degrés scolaires confondus. Les élèves dont l’orientation affective et/ou sexuelle n’est pas exclusivement hétérosexuelle sont davantage la cible de harcèlement entre élèves que leurs camarades. Le risque est 5 fois plus élevé.
89% des élèves trans* ont été injurié-es à l’école, 55% physiquement harcelé-es. 91% des élèves européen-nes[5] ont été la cible de commentaires ou de conduites négatives LGBTIQ-phobes ou ont été témoins de commentaires ou de conduites négatives envers un-e élève LGBTIQ+ ou perçu-e comme étant LGBTIQ+.
Les discriminations et les violences LGBTIQ-phobes en contexte scolaire ont des conséquences graves sur le parcours scolaire des jeunes LGBTIQ+: absentéisme, décrochage scolaire, échec scolaire, changement fréquent d’établissement
Si ces jeunes sont victimes de violences ou et de discriminations dans le cadre scolaire, elleux n’ont pas, ou rarement, la possibilité de se tourner vers leur famille ou leurs ami-e-s pour trouver du soutien, contrairement à la majorité des jeunes victimes de discriminations qui peuvent partager l’expérience de leur discrimination avec leur famille.
[1] A Genève, un jeune sur sept a des idées suicidaires – HUG
Résultats des recherches | Projet santé gaie (santegaie.ch)
Suicide Thoughts and Attempts Among Transgender Adults – Williams Institute (ucla.edu)
[2] « Enquête Iceberg sur les violences sexistes, sexuelles, LGBTIQ-phobes et domestiques », Rapport spécifique LGBTIQ+, BPEV, avril 2026 : Enquête Iceberg : rapport spécifique LGBTIQ+ | ge.ch
[3]« Enquête Iceberg sur les violences sexistes, sexuelles, LGBTIQ-phobes et domestiques », Rapport général, BPEV, juin 2025 : Enquête Iceberg sur les violences sexistes, sexuelles, LGBTIQ+phobes et domestiques | ge.ch
[4] «Entre l’atout de la diversité et les risques de discriminations : quel vécu pour les élèves de l’école genevoise », SRED, Marion Dutrévis, Laure Scalambrin, Jason Wettsteingen, 2022 : www.ge.ch/document/entre-atout-diversite-risques-discrimination-quel-vecu-eleves-ecole-genevoise
[5] « EU LGBT survey – European Union lesbian, gay, bisexual and transgender survey – Main results», European Union, 2014: https://fra.europa.eu/en/publication/2014/eu-lgbt-survey-european-union-lesbian-gay-bisexual-and-transgender-survey-main

Grandir au sein d’une famille arc-en-ciel et se construire en-dehors des normes de genre
Cependant, ces violences et discriminations peuvent également affecter tout-e élève dont l’expression de genre ne correspond pas aux normes genrées très codifiées ou dont la conduite pourra être perçue comme différente, par exemple un garçon jugé trop efféminé qui prend des cours de danse ou une fille jugée trop masculine qui joue au foot.
Les élèves peuvent aussi grandir au sein d’une famille arc-en-ciel, c’est à dire une famille où au moins l’un des parents s’identifie comme LGBTIQ+. L’identité des jeunes enfants est étroitement liée à celle de leur famille ; c’est donc elleux-mêmes qui risquent de se percevoir comme « hors normes ou pas légitimes » si elleux subissent des propos dénigrant leur famille ou si elleux subissent des violences LGBTIQ-phobes par procuration. De plus, les enfants de familles arc-en-ciel découvrent que le modèle familial « père, mère, enfant » prévaut dans les manuels scolaires, le cursus scolaire et la littérature jeunesse alors que leur propre réalité familiale n’est que très peu représentée. Le silence et l’invisibilité a un effet néfaste sur ces jeunes.
Enfin, les élèves peuvent avoir dans leur entourage proche (oncle/tante, frère/sœur, ami-es, etc.) une personne qui se définit comme LGBTIQ+ et peuvent également être affecté-es par les discriminations et violences.
Climat d’éducation et égalité des chances
Les professionnel-les entourant les élèves interviennent peu, ou pas du tout, par méconnaissance ou par manque d’outils et de moyens, lorsqu’elleux assistent à des insultes et à de la violence LGBTIQ-phobe dans leur établissement scolaire. Elleux n’ont parfois pas conscience de ces discriminations. Les jeunes ne se sentent ni respecté-es ni inclus-es à l’école et encore moins en sécurité lorsqu’un-e professionnel-le de l’établissement tolère des manifestations LGBTIQ-phobes sans intervenir ou lorsqu’elle/il est la source de ces manifestations.
Ces discriminations et violences constituent ainsi un réel problème d’égalité d’accès à l’éducation et un problème de santé publique dont il est nécessaire de prendre des mesures et contre lequel il est nécessaire d’agir.
La prévention des violences LGBTIQ-phobes s’inscrit dans un contexte plus général de lutte contre les discriminations, d’apprentissage du mieux vivre-ensemble et d’éducation citoyenne. En effet, aménager un climat d’éducation et un quotidien exempt d’homophobie, de transphobie, d’hétéronormativité et de cisnormativité avec l’aide de toutes les actrices et acteurs de l’éducation, est bénéfique pour l’ensemble des élèves, indépendamment de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur structure familiale..

